Colette /Poemes

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Colette /Poemes

A la fin de l’annee 1994 Colette 1990coletteemmanuel.jpgm’a adresse un grand carnet relie de ses poemes.

Chacun d’eux est une lecon de courage et de beaute. Voici le premier poeme de ce carnet:

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Auteurs/Lano /ma ville

ma ville n’est pas grande , pourtant les cimetieres y tiennent une grande place, c’est drole pour un peuple qui a un tel respect de la vie quoi qu’en pensent ses detracteurs . je ne vous decrirai pas aujourd’hui celui dont nul ne devrait pouvoir s’approcher sans ressentir la force de tous ceux qui sont couches la depuis des siecles et quelquefois des millenaires, c’est la que j’ai compris vraiment une phrase d’andre Chouraqui et suis devenue
 l’un de ceux qui ont pris le ” parti des pierres” . mais j’en parlerai une autre fois. 
le mont du repos c’est ainsi que se nomme l’endroit qui occupe mes souvenirs depuis un certain jour de juillet. c’est un cimetiere beaucoup plus recent , tres grand, les allees s’y suivent s’y entrecroisent et surtout s’y ressemblent; rien n’est plus semblable a une tombe qu’une autre tombe…..
L’une de mes amiescolette-par-pepa.jpg nous avait quittes apres une “longue maladie”, je l’avais accompagnee, plus peut etre pour sa fille qu’elle m’avait plus ou moins confiee que par souci des convenances et j’etais partie aussitot que possible , evitant les condoleances et autres joyeusetees. J’esperais ainsi rejoindre au plus vite mon mari qui m’attendait pres de sa voiture. il est tout ce qu’on veut sauf un participant ou un accompagnant et je me suis retrouvee toute seule dans ce labyrinthe sans meme le fil d’ariane, et livree a mon seul et inexistant sens de l’orientation .au debut j’ai tourne, sans savoir exactement ou j’allais mais sans etre particulierement soucieuse ou effrayee, et puis la nuit a commence a tomber, personne ne passait , c’etait comme si j’etais seule au monde , perdue comme dans ces reves que l’on fait parfois, moi en tout cas, les chemins ne menent nulle part les portes ne s’ouvrent que sur du vide, les personnages n’ont pas toujours de visage, ils n’ont jamais de voix. on tourne et on tourne comme un derviche tourneur.le temps passait et je commencai a etre tres fatiguee et un peu desesperee il faut le dire, j’aurais presque pu m’asseoir par terre  en plein milieu d’une allee et me mettre a pleurer, et puis attendre la sans plus bouger. je ne sais pas ou plus si j’esperais que l’on se mettrait a ma recherche, meme si j’avais pu retrouver la sortie j’etais a l’exterieur de la ville il faisait nuit et je n’avais pas le moindre centime. mon sac etait reste dans la voiture, avec mon mari..

lorsque cette voiture s’est arretee a cote de moi, je n’ai pas pose de questions je suis montee comme on m’y invitait. tu as l’air perdue , est ce qu’on peut t’aider? j’ai aussitot repondu oui je suis perdue et je suis a bout de forces , je cherche mon mari et ma voiture
j’ai tourne pendant ce qui m’a semble etre l’eternite, est ce que tu as un telephone portable? non je n’en avais pas il etait reste dans la voiture. eux en avaient un ils me l’ont tendu en silence, j’ai voulu faire le numero de mon mari, je ne m’en souvenais plus ma tete etait vide totalement vide…..j’ai essaye d’appeler chacune de mes filles a tour de role je sais par coeur leur numero , nous nous parlons souvent  plusieurs fois par jour , j’etais dans un trou noir, je ne me souvenais plus de rien, assise dans cette voiture aupres de ce couple totalement inconnu ils etaient soudain les seuls auxquels je pouvais me rattacher. Ils ne se sont pas etonnes , ils ne me laisseraient pas avant que nous ayions retrouve mon mari m’ont ils dit, j’ai essaye de rassembler le peu d’elements qui devaient nous permettre de refaire le chemin parcouru depuis mon arrivee . nous roulions en aveugles moi enfin je crois, et puis je l’ai vu , il etait reste la sans bouger pierre parmi les pierres, inquiet certainement mais logique comme toujours, il valait mieux ne pas bouger si je devais le retrouver je le retrouverai au meme endroit. C’est mon mari ais je dit! tu es sure a ete la reponse.

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5 mars

un 5 mars ,deux fois , le monde n’est plus ce qu’il lui semblait  etre ,sur , lumineux, difficile souvent mais toujours ouvert pour un avenir radieux.

Comme son amie Lano , ce personnage etait une incurable optimiste; mais en plus elle avait l’arrogance de penser que sa seule volonte et ses efforts suffisaient pour rendre heureux tous ceux qui vivaient aupres d’elle et les faire vivre eternellement. Elle avait appris enfant qu’elle etait responsable de tout ce qui se passait et avait pris la chose si au serieux qu’elle y avait cru jusqu’a ce jour. La lecon fut plutot cruelle mais le temsp fait si bien les choses qu’elle s’en est remise et m’a donc raconte en riant cette histoire .

Enfant cherie par son pere et sa grand mere, estimee par sa mere, elle avait grandi dans une famille aimante mais dans  un pays en guerre et a une epoque de violences telles que la violence familiale lui paraissait normale puisqu’elle n’avait aucune autre echelle de comparaison. La violence comme norme, la brutalite des hommes, leur douceur aussi lui apprit tres tot qu’elle n’avait rien a craindre d’eux parce qu’elle avait eu une illumination un jour: “ce grand monsieur si important avec ses beaux yeux bleux s’il crie et vocifere contre ma maman, c’est qu’il a peur ; s’il a peur c’est qu’il a perdu, donc je ne dois pas crier; si je crie c’est que j’ai peur et si j’ai peur j’ai perdu”….. en bref , cette petite devient tout simplement etrange parce qu’elle etait devenue adulte .

Elle grandit donc dans le bruit et la fureur et devient une femme puis une mere et passent de longues et pleines annees  d’aventures qu’elle me racontera plus tard. Elle veut maintenant parler de la mort de ses parents, sa mere un cinq mars et un an plus tard, dans ses bras son pere tant cheri . Apres la mort de la mere , son pere lui avait demande de l’accompagner chez son  troisieme fils Djebril qui habitait la capitale. Il esperait que celui ci lui offrirait de rester chez lui pour y passer ses vieux jours. Arrives a la porte de la maison de Djebril, me dit elle, elle vit son frere sortir en roulant des epaules et trainant les pieds dans de vieilles babouches, sortir  donc pour tancer le chauffeur qui ne souhaitait pas assister a cette reunion de famille. Le pere et elle se retrouverent donc seuls face a la bru, Zulma, une demi naine malodorante debout derriere la chaise roulante de  sa jumelle, une ancienne tenanciere de bordel dans le sud du Maghreb. Au premier coup d’oeil on pouvait comprendre que le malheureux Djebril vivait sous la ferule de ces deux vieilles  primates aussi , n’echangeant qu’un adieu  et devant le regard de detresse de son pere , elle lui prit la main et ne la quitta plus jusqu’a l’aeroport ou un avion les ramenait a Paris.

La , elle fut accueillie par son fils et son amour et le temps d’une courte annee son pere vecut aupres d’eux, entoure de ceux qui l’aimaient et le respectaient; le cinq mars suivant , l’annee du deuil de son epouse bien aimee terminee, il mourut comme un roi entoure de son fils aine, de son petit fils et de sa fille qui l’accompagnerent jusqu’a son dernier souffle.

L’histoire ne s’arrete pas la mais son amie Lano m’ayant raconte presque la meme histoire, j’ai voulu vite l’ecrire et il faudra que je retravaille tout ca. Je les connais toutes deux ; elles sont grands meres aujourd’hui mais apparement sont restees de toutes petites filles qui se sentent abandonnees. C’est peut etre pour cela qu’elles sont des grands meres si devouees et si attentives a ne donner que de la joie et du courage a leurs petits enfants.

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A mes amis hebraisants et arabisants distingues,

quelques infos importantes et surtout un memo des liens pour suivre les cours de Laitman dans les langues qui vous plaisent.

pour mes cousins, en Arabe , en Français, et toutes sortes de langues de la Tour de Babel:

Et les liens vers des premiers cours du nouveau groupe virtuel d’etude de Kabbalah en hebreu:

Utiliser Firefox pour visionner les cours

Pour les cours suivants consulter les archives

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Auteurs/Lano/ La femme invisible

on devait etre au milieu du mois d’aout je ne me souviens pas du temps qu’il faisait, certainement un temps gris bleu comme souvent en cette periode de l’annee, peut etre aussi un temps lourd et poisseux., je ne sais pas non plus pourquoi j’etais entree dans cette eglise , peut etre avec l’espoir d’y trouver un peu de fraicheur ou peut etre parce qu’elle etait moins menacante que les cathedrales que l’on visite habituellement . je n’avais pas vu la fleche, le ciel devait etre trop brumeux ou bien son ambition n’etait pas de trouer les cieux et preferait elle s’y cacher. en penetrant dans la clarte feutree de la nef, c’est l’insolite qui me sauta au visage. les eglises m’ont toujours fait peur, elles veulent toujours m’imposer quelque chose un peu comme si elles me disaient tu n’es pas toi , c’est moi qui suis toi, je n’ai pas ete effrayee, il n’y avait que cinq personnes, sans compter le cure et le catafalque. le cure etait a sa place, le catafalque aussi. les autres c’etaient deux femmes et un homme a l’allure de notable, et puis un couple. J’ai vite compris que j’allais participer a une ceremonie d’enterrement. J’aurais du partir pourtant je suis restee. j’ai tout de suite pu m’imaginer ce qu’avait du etre la vie de l’homme couche la bas ,  indubitablement, pour qu’il y ait si peu de monde  
a son enterrement il fallait qu’il ait occupe sa vie a eloigner de lui les autres, les plus proches comme les moins proches. Personne n’avait l’air particulierement emu, ni les deux femmes, ni l’homme, ni le couple; j’ai observe le couple, j’ai decouvert  qu’il avait une allure a etre d’ailleurs, la femme surtout. A priori il semblait n’y avoir aucun lien entre les participants, ils ne se parlaient pas , ils ne se regardaient pas. Pourtant j’ai vu une certaine ressemblance entre l’une des deux femmes et le mari ou le compagnon de celle que j’avais aussitot surnommee l’etrangere. apres un discours tres bref et sans originalite ou connotation personnelle le cure s’est approche avec son goupillon d’abord du couple qui eut un brusque mouvement de recul et lui fit un signe de denegation, je me suis fait la reflexion que s’ ils avaient ete de simples touristes entres comme moi par hasard ils se seraient mis au fond , et pas au premier rang, d’une maniere ou d’une autre ils etaient partie prenante de la scene .

la ceremonie etait terminee sans qu’il se soit ecoule plus d’un quart d’heure, c’est vrai qu’il faut souvent moins pour passer de la vie a la mort. la ressemblance que j’avais cru deceler entre deux de mes personnages s’etait precisee, sans que je puisse dire avec certitude quel etait leur degre de parente; comme l’atmosphere dans l’eglise ce qui dominait c’etait le vague, le cache. 

visiblement ils se dirigeaient tous, tous c’est evidemment beaucoup dire, vers le cimetiere , peut etre pas de gaiete de coeur mais en tout cas sans aucune emotion superflue. Toujours sans savoir exactement pourquoi j’ai decide de les suivre, personne ne m’a meme regarde, meme pas avec curiosite, ou un minimum d’interet, chacun d’eux etait mure dans cette sorte de carapace d’indifference qui etait peut etre ce qui les unissait, la famille coeursec aurait sans doute dit une de mes amies….Je ne vous infligerai pas le recit de l’inhumation , il suffit de savoir qu’en cinq minutes tout etait termine, il n’y eut ni condoleances ni poignees de mains, celui que je surnommais monsieur le maire ou peut etre monsieur le conseiller municipal, en tout cas le present par obligation, etait deja parti , mission accomplie et les autres je m’en apercus seulement a ce moment la, n’avaient qu’a traverser la rue pour regagner leur maison . une maison entouree d’une haute muraille bien sur, et situee juste en face de l’eglise. et du cimetiere. je me suis dit qu’elle avait surement ete la maison de l’eveque au moins jusqu’a la revolution, il devait y avoir des souterrains par lesquels les religieux avaient echappe a la vindicte populaire, et l’actuel et defunt proprietaire en avait sans doute fait ses caves a vins…. j’ai attendu, je ne savais pas quoi, l’etrangete de tout ce qui s’etait passe depuis le moment ou j’etais arrivee dans cette petite ville, a mi chemin entre village et bourg, me clouait la dans une attente imprecise mais inevitable. Je n’ai pas eu a attendre longtemps. Les deux femmes et le couple se sont diriges vers une voiture garee la, la seule d’ailleurs a part la mienne, les habitants ne devaient pas etre de grands voyageurs , ni des adeptes de la modernite, cela se sentait, j’ai suppose qu’on appelait encore les pompiers en sonnant le tocsin en cas d’incendie ou d’accident, bien sur ce n’etaient que des suppositions. J’ai encore suivi je ne pouvais pas m’en empecher, qu’est ce qui obligeait mes quatre personnages a partir, tout de suite, peut etre parce que personne n’etait la pour partager leur repas de deuil comme le veulent les usages. 

je suis a peu pres sure de ne les avoir suivis que parce qu’ils me donnaient encore plus que d’habitude dans ma vie, l’impression d’etre totalement invisible. qui n’a jamais reve d’etre invisible! avec eux c’etait chose faite ; je suis montee dans ma voiture ai colle a la leur sans qu’ils semblent le remarquer, je me suis dit que j’avais rate une belle carriere de detective prive. Quand ils se sont arretes, j’ai vu qu’il y avait une plaque comme les municipalites en mettent pour signaler qu’il y a quelque chose a visiter. de loin j’ai reussi a lire: ici a habite et trouve la mort le cure d’Ars. Ils sont entres et moi derriere, qui diable etait le cure d’ars, et comment et pourquoi ils m’avaient entraine dans cet endroit juste au sortir d’un enterrement, l’enterrement d’un proche pour le moins? le cure d’ars s’appelait jean marie vianney, apres une vie consacree a se faire souffrir pour exorciser ses demons , il etait mort brule dans son lit, oeuvre du diable avait on cru dans son temps . Peut etre s’etait il endormi en fumant une cigarette, il ne me semble pas que cela ait eu une reelle importance,  les visiteuses avaient l’air emues, le couple que je suivais pas a pas sceptique et amuse, ce qui est certain c’est qu’en sortant ils ont tous eu tres faim et se sont diriges vers un restaurant de fort bonne mine……ils mangerent de bon appetit  et burent a la sante d’un defunt qui s’etait efforce de ne leur laisser aucun regret et y avait apparemment fort bien reussi…… je n’ai pas dine.

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