Tandis que la nouvelle Jérusalem sort ainsi du désert,
brillante de clarté, jetez les yeux entre la montagne de
Sion et le temple; voyez cet autre petit peuple qui vit
séparé du reste des habitants de la cité.
Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans
se plaindre; il souffre toutes les avanies sans demander
justice; il se laisse accabler de coups sans soupirer;
on lui demande sa tête: il la présente au cimeterre.
Si quelque membre de cette société proscrite vient à
mourir, son compagnon ira, pendant la nuit, l’enterrer
furtivement dans la vallée de Josaphat, à l’ombre du
temple de Salomon. pénétrez dans la demeure de ce peuple,
vous le trouverez dans une affreuse misère,
faisant lire un livre mystèrieux à des enfants qui, à
leur tour, le feront lire à leurs enfants.
Ce qu ils faisaient il y a 5000 ans,
Ce peuple le fait encore.
Il a assisté dix- sept fois à la la ruine de Jérusalem,
et rien ne peut le décourager; rien ne peut
l’empécher de tourner ses regards vers Sion.
Quand on voit les juifs dispersés sur la terre, selon la
parole de Dieu,on est surpris sans doute; il faut voir
ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et
étrangers dans leur propre pays; il faut les voir
attendant, sous toutes les oppressions,
un roi qui doit les délivrer.
Ecrasés par la croix qui les condamne, et qui est
plantée sur leurs têtes, cachés près du temple
dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils
demeurent dans leur déplorable aveuglement.
Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de
la terre: et un petit peuple, dont l’origine précéda
celle de ces grands peuples, existe encore sans
mélange dans les décombres de sa patrie.
Si quelque chose, parmi les nations, porte le
caractère du miracle, nous pensons que ce
caractère est ici.
“Voyage en Orient, Itinéraire de Paris à
Jérusalem et de Jérusalem à Paris”
Chateaubriand 1811