Hymne a la vie / un survivant d’Aushwitz et ses petits enfants
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La matinée s’est avancée , le ciel de plus en plus bleu.
voila, c’etait ma promenade de cet apres midi dans cette si jolie ville de Troyes, accompagnée de mon enfant . A mon prochain voyage la bas je ferai quelques photos de l‘Institut Rachi .
Mes fleurs de lys ,roses et soleil, près du jardin de galets.
Chaque année il me disait que ce jour était le plus beau de sa vie. Mon père me manque.
Chaque année pendant une semaine l’entrée de ma maison est illuminée par la floraison d’un merveilleux prunus. C’est très ephemere et juste après la semaine des magnolias mais cela me réjouit le cœur presque autant que les amandiers en fleurs de la route de Jerusalem ,que je n’ai pas vu fleurir ces dernières années .
Peut être retrouverai je des forces pour faire le voyage l’an prochain?
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Octavus le piano aventureux.
Il était une fois un piano très aventureux c’est, en tout cas, à tort ou à raison, ce qu’il disait de lui même. Ses derniers propriétaires, qui croyaient tout ce qu’il racontait et lui étaient fort attachés, l’avaient donc surnommé Octavus l’aventureux ce qui était devenu au fil des années, pour faire plus court et pour les intimes, Tatav.
Tatav donc, qui aurait aussi bien pu s’appeler Sindbad dont il s’affirmait l’un des descendants, avait une seule fois dans sa vie traversé la mer, ce qui ne l’empêchait pas de se prendre pour un grand marin. En réalité ce voyage l’avait traumatisé même s’il n’en finissait pas d’embellir le récit de ses mésaventures et n’aurait pour rien au monde avoué qu’il avait eu le mal de mer. Il faut dire que quand nous l’avons rencontré pour la première fois il était déjà très âgé et les mauvaises langues l’accusaient de radoter.
Mais laissons le parler il adore raconter sa vie et le plus difficile serait plutôt de le faire taire une fois qu’il a commencé : je suis né à Paris
en 1933 dans une famille nombreuse et réputée, la famille Pleyel. Et il faut que vous le sachiez, dans cette famille rien n’était plus apprécié, rien n’avait plus de valeur que le travail bien fait. C’est ainsi que les Pleyel espéraient passer à la postérité, dans le monde des artistes tout au moins. Il leur semblait en effet un tant soit peu présomptueux de briguer les honneurs de ceux que la musique n’intéressait que très médiocrement ou pas du tout et, pour être honnête, ils s’en fichaient éperdument. Les Pleyel mes parents étaient tous deux des pianos de concert, et leur queue atteignait trois mètres de long, je n’exagère pas je vous assure. cela aurait pu suffire à les rendre vaniteux , le paon s’enorgueillit bien de la sienne, mais c’était de leur son qu’ils étaient indéniablement le plus fiers; sous les doigts agiles des pianistes les plus doués et qui lui consacraient tout leur temps , mais même, oserais- je dire, sous les doigts maladroits
de ceux qui n’avaient pas été assez courageux pour les entraîner suffisamment, leur voix à la fois mélodieuse , profonde, et qui savait aussi être cristalline quand il en en était besoin, emplissait les salles et pouvait presque tenir tête à un orchestre. Mais revenons à mon histoire, rien ne semblait me prédestiner à une vie exceptionnelle. Je suis comme vous le voyez de taille moyenne
pour un piano à queue, deux mètres seulement, et j’ai dès mon plus jeune âge été adopté par une famille bourgeoise
qui m’a surtout apprécié parce que j’embellissais son salon et que mon bois était assorti à celui du parquet
, et du mobilier, mais cela n’a rien d’extraordinaire et c’est de nos jours un destin assez commun pour un piano. On n’entendait jamais ma voix sauf bien sûr s’il y avait des invités. Ces soirs là, pour se donner l’air d’être amateur d’art on recevait des concertistes plus ou moins célèbres
qu’on faisait semblant d’écouter en fins connaisseurs, entre deux bâillements. Et deux quintes de toux, vous avez remarqué combien les gens toussent dans les concerts? Bref, on ne s’est jamais inquiété de m’avoir trop exposé au soleil
sauf quand mon vernis a un peu pali sous les rayons et a commencé à s’écailler du côté gauche, et c’est seulement à ce moment là qu’on a pris la peine de m’éloigner de la fenêtre! Pourtant je ne me trouvais pas malheureux, j’avais pris l’habitude de me taire et ma solitude ne me pesait pas trop. Le bon côté des choses, il faut toujours voir le bon côté des choses, je préférais mon sort à celui de mes semblables souvent obligés de supporter les gammes et les tentatives discordantes d’enfants
qui auraient mieux fait , si vous m’en croyez , d’apprendre la broderie
ou d’aller jouer au football
plutôt que de leur écorcher les oreilles .(ils auraient bien voulu d’ailleurs les pauvres et ne se résignaient le plus souvent à « travailler leur piano » que sous les injonctions répétées de leurs mères ).
Les vraies aventures de Tatav commencèrent réellement, toujours selon ses dires en tout cas, lorsque sa famille adoptive eut des ennuis d’argent
. Crise économique ou mauvais placements, ses propriétaires, obligés de racler tous les fonds de tiroirs
et de faire feu
de tout bois pour couvrir des dettes
un peu trop criardes, se résignèrent à le confier aux bons soins d’une salle de vente ,la salle Drouot pour ne rien vous cacher .mais écoutons le plutôt: je me suis retrouvé dans ce qu’on appelle une vente aux enchères
, en fort bonne compagnie puisque ce jour là devaient être exposés une ravissante épinette à laquelle j’aurais volontiers fait un brin de cour, un violon
sorti des mains d’un grand maitre luthier, un monsieur Stradivarius si je ne me trompe, et une harpe
.fort élégante comme toutes les harpes. Jugez de ma déception, je me suis aperçu très vite que je n’attirais que très peu les regards des visiteurs et je me suis vu obligé de subir les assauts de marchands sans scrupules, dédaigneux, et qui ne prenaient même pas la peine de m’écouter. « Ce ne sera pas facile de le vendre, il est trop grand, une taille pareille c’est totalement incompatible avec l’exigüité des appartements modernes, assuraient- ils ». C’est ainsi, selon ses propres dires, que notre pauvre Tatav a passé dans une solitude presque complète ce qui lui a paru une éternité. L’endroit n’avait rien d’accueillant, et son ancienne demeure lui semblait le paradis en comparaison. il se morfondait : personne ne m’aime gémissait il, je suis grand, je suis beau, du moins c’est ce que l’on m’a laissé croire, j’ai une voix magnifique capable de traduire tous les sentiments humains et même ceux qui ne le sont pas, et je suis là, abandonné de tous. Les visiteurs n’ont d’yeux que pour l’épinette ,elle a l’avantage d’être beaucoup plus rare que moi et cela n’a pas l’air de gêner qui que ce soit qu’elle ait une voix sèche et nasillarde .De plus, soit dit en passant, elle n’a aucune sensibilité.et elle est prétentieuse avec ça, pensez! Elle ne m’a même pas regardé! .ah je suis bien malheureux! C’est alors qu’il était plongé dans ces réflexions qui n’avaient rien pour le rendre optimiste, qu’il vit s’approcher trois personnes. Tiens se dit il ceux là sont différents, le plus âgé a l’air d’un homme honnête peu enclin au commerce, ah il est aveugle, donc c’est un accordeur de piano
, je les connais bien, dans ma famille d’adoption, on en faisait venir au moins une fois par an pour vérifier la justesse de ma voix; comme si j’étais incapable de tenir les sons! Ces gens étaient non seulement ignares mais vexants vous ne pouvez pas vous imaginer! Et je ne parle pas de leurs amis! L’une d’elles à laquelle ils expliquaient que j’étais un « demi queue »
s’était tout simplement exclamée mais pourquoi grand dieu avez vous eu l’idée bizarre de la lui couper ! Elle devait me confondre avec certaines races de chiens qu’on mutile pour les rendre plus beaux! Pour en revenir aux accordeurs, on peut dire sans risque de se tromper qu’aveugles ou pas aveugles ils ont généralement, en plus d’une très bonne oreille
, l’amour de leur métier, et ils nous connaissent, nous les pianos, « sur le bout des doigts ». Mais qui sont les deux autres? Des acheteurs? De simples curieux simplement venus passer un moment? Difficile à dire .ils écoutent avec beaucoup d’attention les commentaires de l’accordeur. Décidément il me plaît celui là: il vient de dire que tant pour la mécanique
que pour le son
je suis tout à fait remarquable et que ma « table », en bronze bien sûr comme on n’en fait plus, est en très bon état; il n’y a pas de doute c’est un connaisseur. Les yeux de la jeune femme sont un peu tristes
cela m’amène à penser qu’elle serait fort heureuse d’avoir les moyens de m’adopter mais juge la chose tout à fait impossible. Voyons si je peux en faire un portrait rapide, sans vouloir me vanter j’ai assez bon œil et généralement je peux me fier à mon jugement: elle a visiblement conscience de ma valeur
mais juge mon prix très au delà de ses possibilités, elle joue du piano mais en amateur, elle exerce un métier plutôt indépendant mais peu lucratif qui doit lui laisser du temps pour faire ce qu’elle aime. Je voudrais bien pouvoir lui dire ce que j’ai pu entendre! elle a l’air un peu anarchiste, ce qui n’est pas pour me déplaire après mon séjour prolongé chez les bourgeois , je me verrais très bien « caressé » par ses doigts uniquement pour le plaisir et l’amour de l’art , ses mains sont un peu trop petites
, rien n’est parfait, mais si elle est telle que je l’imagine, elle aura trouvé le moyen de les utiliser au mieux, Hélas soupira-t-il, ne rêvons pas, elle ne reviendra pas cet après midi et même si elle revient , elle n’osera pas participer aux enchères! C’était mal la connaître mais leur rencontre était trop récente pour que nous lui en fassions grief et en plus, mais Tatav l’ignorait, les réflexions des marchands
et de l’accordeur n’étaient pas tombées dans l’oreille d’une sourde. La vente était annoncée pour deux heures de l’après midi
et à une heure et demie il eut la très bonne surprise de la trouver devant lui, elle découvrit délicatement le clavier, passa avec respect et amoureusement ses doigts sur les touches d’ivoire ,approcha son oreille et sa bouche et lui chuchota: aide moi, je sais que nous sommes faits l’un pour l’autre , je l’ai su au premier regard, est ce que tu as déjà entendu parler du coup de foudre
, on peut aussi l’éprouver pour un piano, lorsque je joue nous ne faisons plus qu’un , il est ma voix, mes mains, mon cœur, mon cerveau ,et si je l’osais je dirais même mon âme. Mais je peux également lui faire des reproches, il faut que tu le saches j’ai mauvais caractère, je suis souvent de très mauvaise foi, et quand je jouerai mal je suis bien capable de t’accuser d’en être responsable. Elle était accompagnée comme la fois précédente par un homme
à l’air aimable mais somme toute plutôt indifférent à mon égard, et leur lien de parenté n’était pas évident.
La vente allait commencer, le commissaire priseur
a fait son entrée l’air important. il a gagné une espèce de podium et il a pris un marteau
que lui tendait un homme maigre et effacé qui devait être son assistant. J’étais un peu inquiet, pourquoi avait-il besoin d’un marteau ? il a frappé quelques coups sur une table en réclamant le silence .Il a attendu qu’il n’y ait plus ni bruit ni agitation. Les acheteurs se sont installés, les habitués semblaient avoir une place attitrée et s’étaient probablement souvent rencontrés parce qu’ils échangeaient des salutations
ou des formules de politesse ! Ils n’avaient d’ailleurs pas l’air particulièrement émus par les injonctions du maître de cérémonie, Les occasionnels semblaient plus timides, et cherchaient un siège libre, plus ou moins discrètement. Ma favorite, mais je dois à la vérité de préciser qu’à part l’accordeur elle avait été la seule à s’intéresser à moi, avait gagné la deuxième rangée de chaises, sur le côté, pour mieux passer inaperçue. Pour la première fois de ma vie, J’étais mis aux enchères, et j’observais tout ce qui se passait avec beaucoup d’attention
. Il faut dire que je suis plutôt de nature curieuse et n’étant pour ainsi dire jamais sorti de chez mes parents adoptifs, je trouvais tout cela très nouveau et fort intéressant. Ce qui ressemblait somme toute à une cérémonie et en avait la pompe et le rituel a commencé. J’ai compris tout de suite que le violon
aurait le premier l’honneur d’être présenté. Curieusement, ceux qui prenaient part aux enchères n’élevaient pas la voix. Ils se contentaient de faire un signe
, l’un se caressait le nez
, l’autre remettait en place une mèche de cheveux
imaginaire un troisième tapotait très légèrement le bras de son fauteui
l, il fallait vraiment être très attentif pour savoir ce qui motivait le changement dans le prix proposé mais le commissaire priseur avait l’air de connaître les habitudes de chacun des acheteurs potentiels. Je n’avais absolument rien vu lorsqu’il a soudain annoncé d’une voix tonitruante : « adjugé » en direction d’un monsieur un peu chauve, un peu rondouillet et à l’accent étranger très prononcé qui sortit aussitôt pour prendre possession du violon : « un prrrésent que je vais fairrre à mon fils » annonça-t-il à la ronde. Il m’avait l’air assez sympathique et je me serais volontiers réjoui pour lui et pour son fils mais j’étais vraiment trop impatient de savoir à quelle sauce je serais mangé et dans quelle galère j’allais me retrouver, et le sort du violon mon compagnon d’un jour me laissait assez indifférent .Je commençais à avoir des fourmillements
dans les touches
et dans les pédales et mes cordes n’étaient pas très loin de se mettre à trembler
ce qui m’aurait bien sûr rempli de honte, pensez! Un piano de bonne famille comme moi n’a pas le droit de montrer qu’il a peur ! C’était trahir tout ce qu’on m’avait inculqué dans mon enfance! Lorsque mon tour arriva, J’ai été humilié comme jamais dans toute mon existence, j’avais déjà été ignoré, ou délaissé, mais être aussi peu « prisé » (c’est le cas de le dire!) La somme demandée pour m’avoir était honteusement basse, ridicule même, et personne, absolument personne ne faisait monter les enchères ! Est ce que c’était encore trop, même pour ma favorite ? Est ce que j’allais me retrouver à la casse comme une vulgaire vieille voiture! C’est alors que se produisit le miracle sur lequel je ne comptais plus, le commissaire priseur s’est tourné vers le coin dans lequel se cachait celle que j’appelais déjà dans mon cœur sans pouvoir y croire « ma petite patronne », et il a prononcé les mots magiques , les mots fatidiques: adjugé à monsieur ,au deuxième rang à droite a_-t-il crié ! J’apprendrais plus tard que le compagnon de la jeune femme était son beau frère, qu’il n’avait jamais imaginé participer aux enchères et s’était seulement caressé la moustache
selon une vieille habitude, vous comprenez sans difficulté pourquoi j’ai, depuis, une grande prédilection pour les hommes à moustache. Destin, ou karma, ou tout ce que vous voudrez ma « petite patronne » s’en fichait complètement .Elle ne s’est pas posé de questions et folle de joie
elle s’est mise à courir vers moi sans prêter la moindre attention à tous ceux qui la regardaient, interloqués par une telle spontanéité, dans un lieu plus habitué à une conduite guindée qu’à des débordements d’enthousiasme! J’étais un peu trop grand pour qu’elle puisse me prendre dans ses bras mais je sais que c’est exactement ce qu’elle aurait voulu faire et notre avenir commun s’est vite trouvé scellé d’un baiser .les formalités ont été expédiées très rapidement, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, rendez vous était pris pour le lendemain avec les déménageurs. Inutile de vous dire comment j’ai passé la nuit, je n’ai pas fermé l’œil tant j’étais surexcité ! Au petit matin j’étais sur le qui vive, je guettais le moindre bruit annonçant l’arrivée des déménageurs! bien sûr ils étaient en retard , les déménageurs sont toujours en retard, quand ils sont enfin arrivés, j’étais épuisé par l’émotion et je me suis laissé porter, le cœur battant mais sans discussion, dans une sorte de caisse en bois avec de grosses roues, il paraît que l’on appelle ça un camion
. Tout ce que je peux en dire c’est que cela fait beaucoup de bruit, que ça sent mauvais, et qu’en plus ça secoue, je ne vous dis pas!. Le bruit s’est enfin arrêté, heureusement parce que je n’aurais pas pu le supporter une minute de plus, pensez! Une oreille musicienne comme la mienne obligée de subir ces grondements, ces grincements ! Mais il paraît que mes souffrances n’allaient pas être terminées pour autant. Des mains expertes mais brutales m’ont saisi et déposé sans trop de ménagements sur ce qu’ils ont nommé le trottoir et le responsable est allé voir comment on allait s’organiser pour me faire gagner mes appartements; je ne m’étais pas beaucoup trompé, ma petite patronne n’était pas plus riche que ce que j’avais imaginé, elle habitait un troisième étage sans ascenseur
et en plus , en plus ,la cage d’escalier ,un vieil escalier en bois vermoulu était, rendez vous compte, trop étroite pour qu’on m’y fasse entrer. Jugez de mon inquiétude, est ce que j’allais rester exposé à la pluie, au vent et à la curiosité malveillante des nombreux passants? Est ce qu’on allait me renvoyer d’où je venais? Je n’étais ni au bout de mes surprises ni au bout de mes peines. En un rien de temps je me suis retrouvé harnaché, et suspendu à dix mètres du sol, posé sur un palan
très inconfortable, balancé comme un prunier, ce qui est un comble pour un instrument en bois d’acajou, et prêt à entrer par la fenêtre dans ma nouvelle demeure comme un vulgaire cambrioleur (qu’on appelle aussi quelquefois ,et à juste titre, des monte en l’air). Je ne peux vous en dire plus sur ce voyage en palan, je m’étais honteusement évanoui et n’ai retrouvé mes esprits qu’après avoir posé mes trois pieds sur la terre ferme, il faut que je vous dise que le quatrième avait été blessé dans le transport et j’hésitais à le poser sur ce que les marins dénomment paraît il ,et à juste titre, vous pouvez me croire ,le plancher des vaches. Le plancher des vaches était froid et de couleur rouge passée, et il était un peu râpeux, mais lorsque j’ai ouvert les yeux jugez de ma stupéfaction en m’apercevant qu’on m’avait mis dans un placard! Ma stupéfaction fut encore plus grande quand j’ai compris que ce placard
était en fait la plus grande pièce de la maison et que mes nouveaux compagnons m’y attendaient. Fous de joie, et pas du tout choqués de voir l’énorme place que j’allais désormais occuper dans leur vie, ils me tournaient autour comme des indiens; dans les films que j’avais pu voir chez mes anciens propriétaires les indiens tournent toujours autour de leurs prisonniers. Je commençai à respirer un peu mieux et me trouvai bientôt assez remis de mes émotions pour les regarder, Il y avait bien sûr ma « petite patronne »
, une toute petite fille était accrochée à ses jupes, une petite fille de deux ans
peut être mais je n’étais pas bon juge en la matière, les enfants dans mon ancienne famille étaient bannis du salon. Il y avait aussi un garçon
de quinze ans à peu près, et enfin une dame d’un certain âge
qui ne paraissait pas être la moins émue. Une chose était certaine pour moi , ces quatre là partageaient un amour inconditionnel du piano et « par voie de conséquence » de la musique, pour être capables de m’accorder tant de place dans un espace aussi réduit et inconfortable. J’allais apprendre assez vite, en écoutant leurs conversations qu’ils étaient arrivés depuis peu d’un pays dans lequel leur présence n’était plus souhaitée
, qu’ils avaient du y abandonner le peu de biens qu’ils avaient et surtout leur piano, Gaveau , c’est ainsi qu’ils l’appelaient, à peu près du même âge et de la même taille que moi qui ne les avait jamais quittés jusque là et dont le nom seul leur tirait des larmes. Dans mon for intérieur je me suis promis de les consoler de cette perte. Je sais bien, pour avoir été enlevé très jeune à mes parents et ne m’en être jamais vraiment remis qu’un être cher ne peut jamais être totalement remplacé mais j’étais décidé à faire de mon mieux. Le bon côté des choses, il faut toujours voir le bon côté des choses, c’est qu’à cause de cette séparation
il y a dans ma voix une émotion et une certaine tristesse
qui en font la qualité et le caractère unique. Unique j’allais l’être bientôt pour d’autres raisons ; en effet l’appartement était si petit qu’il n’y avait de place pour mettre les lits de ma petite patronne et de sa fille nulle part ailleurs que sous ma queue! Et c’est comme cela que je suis devenu pour la petite fille sa « maison » c’est là qu’elle dormait, l qu’elle jouait, qu’elle se cachait lorsqu’elle ne voulait pas être dérangée. Il fallait voir la tête des gens quand elle leur annonçait fièrement: « maman et moi on habite sous mon piano » au mieux, ils croyaient à l’une de ces fantaisies dont les jeunes enfants sont coutumiers! Ce bonheur était presque sans nuages malgré un quotidien difficile matériellement. on me montrait chaque jour combien on m’aimait à grand renfort de belles œuvres écrites spécialement pour moi , et pour tous mes semblables évidemment , et que nous interprétions ensemble, et le soir bien souvent, lorsque chacun d’eux ou de leurs invités chantait en s’accompagnant je n’avais plus aucun doute , j’étais tout à fait indispensable, ils ne pouvaient pas vivre sans moi. Un évènement imprévu
vint interrompre une fois de plus le cours tranquille de mon existence. Une rencontre, une de ces rencontres auxquelles les humains attachent un grand prix, amena ma « petite patronne « dont j’avais été jusque là avec sa fille, le seul amour, à désirer partager désormais notre vie avec un « étranger »
. Je ne vous cacherai pas que j’en conçus un peu d’amertume et de jalousie. Même si on est un piano on a ses sentiments, sa fierté! Quoi! Nous ne lui suffisions donc plus, nous, sa famille! mais le nouveau venu se montra assez respectueux envers moi et si gentil pour ma « petite patronne « et sa fille que je lui pardonnai très vite de devoir une fois encore déménager . Forcément, le nouveau venu était un peu trop grand pour dormir sous ma queue et à trois ils auraient été un peu coincés. Une fois de plus on me mit dans un « camion »je n’avais pas une très bonne opinion des camions ni des déménageurs mais je me suis résigné et j’ai accepté les secousses et les souffrances d’un trajet tout aussi bruyant que le premier rassuré par la promesse solennelle de ma « petite patronne »,
Cette fois je te le promets, pas de palan, pas de fenêtre, pas de promenade entre ciel et terre. Le débarquement s’est plutôt bien passé nous avons traversé un somptueux hall de marbre avec de grands fauteuils de cuir qui m’ont laissé augurer d’un luxe dont j’avais oublié l’existence. On m’a fait entrer dans un ascenseur musical
c’est du moins ce que j’ai cru puisque c’était ma première expérience dans un ascenseur et qu’on y entendait de la musique. Il s’est arrêté au premier étage et c’est là que j’ai compris ce que voulait dire sans fenêtre, notre nouvel appartement se composait d’une très grande pièce la moitié en était éclairée par une baie vitrée, et la seconde moitié, celle dans laquelle on m’a conduit immédiatement, ne voyait pratiquement pas la lumière du jour. Elle était littéralement « sans fenêtre ». Le bon côté des choses il, faut toujours voir le bon côté des choses, on pouvait faire entrer dans ce « studio, » c’est comme cela que les humains l’appelaient, deux appartements comme celui dans lequel j’avais passé ces dernières années, et chacun de nous y aurait un peu plus d’espace. La petite fille
, qui n’était plus si petite ne dormirait pas sous ma queue bien sûr et nous étions tous les deux un peu tristes , mais on lui avait préparé une chambre tout près de moi dans ce qui aurait du être le dressing room . A l’origine un dressing room est censé être le placard à vêtements
, celui là avait la taille d’une cabine de paquebot mais pas d’une cabine de première classe n’exagérons rien, il n’y avait pas de fenêtre, c’était décidément une habitude dans cet immeuble, ( il ne faut pas trop en demander), et avec quelques trous clandestins percés dans le mur extérieur ,il y avait assez d’air et ce mouchoir de poche a fait les délices de la petite et ceux de ses nombreux copains et copines qui s’y entassaient. Il faut dire qu’à part la cabine de bateau et moi il y avait aussi une « piscine » ,au vingt troisième étage, qu’elle pouvait partager avec ses invités ce qui n’est pas un moindre attrait lorsqu’on habite Paris. Les voisins ,ceux qui sont fréquentables , sont souvent peintres ou musiciens et nous pourrons sans doute avoir avec eux des échanges agréables m’a tout de suite fait savoir ma « petite patronne » qui n’a pas perdu l’habitude de partager avec moi ses pensées.
on me dit quelquefois que je suis trop bavard et même si je sais bien que ce n’est pas vrai, j’ai tout de même peur de vous ennuyer! et je vais vous passer bien des détails de cette période de ma vie. Il y a eu des rencontres plus ou moins enrichissantes, je n’ai peut être pas toujours été capable de reconnaître celles qui l’étaient, d’autres un peu folles, je me souviens encore d’un brocanteur chevelu qui écrivait des contes sur le pays d’oc et de ce guitariste
qui me prenait vraisemblablement pour un boulevard ou qui avait peut être une vocation ratée de coiffeur et trouvait génial de faire glisser sur mes cordes un peigne , ce qui était tout juste bon à me faire grincer des pédales et claquer des touches. Le bon côté des choses, il faut toujours voir le bon côté des choses, c’est qu’il n’avait aucune mauvaise intention ;il se prenait seulement, je ne voudrais pas paraître prétentieux mais c’est ainsi que je l’ai ressenti alors et que je le ressens encore aujourd’hui pour ce qu’il n’était pas et appartenait à la catégorie de ceux que j’appelle dans mon for intérieur les « artisses », les « tictuals », une espèce qui n’est hélas pas tellement rare..
Deux ou trois ans ou quatre peut être, ont passé, nous les pianos n’avons pas tout à fait la même conception du temps, lorsque j’ai commencé à entendre parler d’un voyage. Les mots Jérusalem, bateau
, avion, cadre ont fait leur apparition dans les conversations de plus en plus souvent. Je n’étais pas inquiet, je savais bien que quoiqu’il arrive, jamais on ne se séparerait de moi, je faisais partie de la famille et la famille c’est ce qu’il y a de plus important disait toujours ma »petite patronne » même si ce n’est pas toujours « gratifiant » ajoutait elle les jours où elle était de mauvaise humeur. Les projets se sont peu à peu précisés jusqu’au moment où j’ai été officiellement mis au courant. Il leur fallait mon accord, évidemment, mais il allait être impossible que je fasse le voyage en compagnie de mes maîtres, et il s’agissait de quatre mille km rendez vous compte. Ils prendraient l’avion , je voyagerais en bateau avec les meubles , une grande table de ferme, quatre chaises et un rocking chair, et les livres c’est à dire les choses auxquelles ils tenaient le plus à part moi bien sûr; maigre consolation vous vous en doutez, surtout une fois qu’on m’a dit le plus important et aussi le plus inquiétant: personne ne pouvait donner la moindre garantie sur la durée du voyage ni sur les conditions dans lesquelles il s’effectuerait. La seule chose certaine nous serions enfermés dans un « cadre de déménagement » une espèce de maison en bois dans laquelle nous nous entasserions. Le bon côté des choses il faut toujours voir le bon côté des choses , nous ne serions pas obligés d’avoir le moindre contact avec les autres passagers ni même avec l’équipage
, nous resterions « entre nous ». Malgré les préparatifs du départ qui me laissaient peu de temps pour avoir des « états d’âme », je me suis souvent laissé gagner par la panique, mais je suis sage par nature et je sais de longue date que le présent échappe à ceux qui se préoccupent trop du passé et de l’avenir.et puis, le bon côté des choses, il faut toujours voir le bon côté des choses , ils auraient tout le temps de préparer ma venue et j’échapperais comme cela aux affres de l’installation. Tous les débuts sont difficiles, ils feraient leurs débuts sans moi et pendant ce temps je ferais l’ours et j’hibernerais dans ma cage jusqu’à ce que tout soit terminé. Tous les tracas seront pour eux c’est ce dont je me félicitais. Je n’ai que peu de défauts comme vous avez pu vous en apercevoir, mais je reconnais que je suis peut être un peu égoïste.
Le jour du départ est arrivé, l’attrait de l’inconnu peut être, je n’ai pas eu en partant les déchirements auxquels je m’attendais, j’ai un peu pleuré c’est vrai mais discrètement, je dois vous dire que je suis moins attaché aux lieux qu’aux gens et certains de nos amis avaient promis de nous rendre visite dès que nous serions en mesure de les recevoir. On m’a fait entrer dans ma maison de bois
et je me suis retrouvé en compagnie de mes deux compagnons les plus chers, la guitare et le violoncelle
, sans oublier bien sûr les meubles et les livres mais je vous en ai déjà parlé; on était bien un peu serrés mais quand on s’aime on se contente de peu et pour la place j’avais été à bonne école et j’étais capable de m’adapter à n’importe quelle situation, du moins c’est ce que je croyais.
Mais c’était avant. Le camion je connaissais, attendre sur un trottoir même si cette fois il s’appelait un quai ça n’avait rien de nouveau, mais me retrouver encore une fois entre ciel et terre, et porté à fleur d’eau par d’énormes ciseaux ou du moins c’est ce à quoi ressemblait l’engin qui avait saisi ma maison de bois, je m’attendais à tout mais pas à ça. Pensez! Un piano de bonne famille comme moi! Après les vicissitudes de l’attente, les secousses qui ont bien failli m’arracher des cris d’effroi et ont réussi à tirer du violoncelle mon ami des gémissements déchirants nous nous sommes enfin retrouvés sur le sol
Dans l’énorme « cale « d’un énorme paquebot
que j’avais aperçu en regardant par les interstices de notre maison de bois sans arriver à l’imaginer traversant la mer. Nous n’étions pas seuls dans cette cale, d’autres cadres remplis eux aussi d’objets et de souvenirs feraient le voyage avec nous. et je me suis dit qu’après tout cette traversée serait peut être agréable mais c’était sans compter avec les vagues! elles s’étaient liguées contre nous dès le départ et leur colère n’a fait que grandir .plus nous nous éloignions de la côte plus elles étaient hautes et il m’a très vite fallu user de tout mon courage pour rassurer mes compagnons de voyage .je sais bien qu’il y en a eu pour raconter que ma conduite n’avait pas été aussi héroïque que je veux le faire croire et qu’avec les années j’ai plus ou moins oublié que j’étais surtout occupé à lutter contre le mal de mer, mais ce sont de mauvaises langues, des jaloux et des menteurs. Rien ne nous serait décidément épargné, nous étions à peine éloignés de la côte lorsque des craquements suspects on commencé à alerter mes oreilles sensibles nous n’étions pas seuls dans notre cage, des hôtes indésirables, des clandestins, avaient élu subrepticement domicile dans ce qui aurait dû nous être exclusivement réservé. Le jour nous pouvions croire qu’ils avaient disparu mais la nuit, des frôlements, des martèlements légers certes, mais inexpliqués, eurent vite fait de troubler mon sommeil et comme je me sentais responsable de la sécurité de mes compagnons, je pris l’initiative de monter la garde et de guetter l’apparition des intrus. je n’ai pas eu à attendre longtemps pour faire leur connaissance, dès la nuit tombée je les ai vus se faufiler à pattes furtives, toute une famille à poil gris et à longue queue, de très petite taille et visiblement affamée, qui entreprit de dévorer tout ce qui lui tombait sous les dents; n’écoutant que mon courage je les arrêtai immédiatement en grondant de toutes mes touches graves, les plus effrayantes, et en les coinçant sous mes pédales. Où vous croyez vous vous êtes dans une propriété privée, c’est comme cela que je les apostrophai. subjuguée par mon autorité , celle qui paraissait l’aînée m’a dit d’une toute petite voix s’il vous plaît monsieur le piano ne nous chassez pas ne nous dénoncez pas, je vous promets que nous ne vous ferons aucun mal nous ne toucherons à aucun de vous nous nous sommes clandestinement introduits dans votre « cadre » pour aller à Jérusalem
, nous en avions tant entendu parler que nous n’avons pas pu résister ,il y avait d’autres possibilités mais nous vous avons choisi parce que nous sommes passionnés de musique, si vous nous prenez sous votre aile , ou plutôt dans votre queue nous ne vous dérangerons plus je vous le promets, nous sommes des petites souris musiciennes et nous adorons chanter, quand à trouver de quoi grignoter il y a suffisamment d’autres marchandises pour satisfaire notre appétit . J’ai consulté mes compagnons mais nous étions tous émus par ces « immigrés clandestins » et nous leur avons accordé l’hospitalité à l’unanimité. c’est ainsi que notre accord conclu elles s’installèrent sur ma table de bronze, dans l’espace qui n’est pas occupé par les cordes et que chaque fois qu’il m’a pris l’envie pendant le voyage de faire entendre ma voix la famille souris
comme nous les appelions m’a accompagné de cui cui sonores et rythmés.
le voyage tirait à sa fin et même si nous n’étions pas mécontents d’arriver à destination une certaine mélancolie nous gagnait. Quelles surprises l’avenir nous réservait il? Qu’allait devenir la famille souris ? Nous nous étions attachés à nos petits compagnons et craignions qu’ils ne soient découverts et mis en quarantaine ou pire encore!
Pourtant à part l’agitation qui règne inévitablement sur les quais dans un grand port et une chaleur torride à laquelle nous n’étions pas habitués le débarquement s’est plutôt bien passé malgré la déception de n’être pas attendu par la famille dès l’arrivée. bien sûr je n’imaginai pas un instant qu’ils aient pu nous oublier mais sait on ce qui avait pu leur arriver dans ce pays lointain et inconnu! peut être qu’ils avaient rencontré des animaux sauvages ou des pirates ou des bandits de grand chemin? Jugez de mon inquiétude surtout que j’avais entendu dire que le pays était tout petit et pas tellement riche ce qui n’empêchait pas tout un tas d’ennemis d’en vouloir chacun un morceau et de ne pas hésiter à se mettre en guerre pour l’obtenir. Je me voyais déjà sur le dos d’un chameau
, faisant la traversée du désert, luttant de toute la force de mes cordes contre des lions et des tigres ! Pour arracher ma famille emmenée en captivité par des bédouins à son triste sort. Mes compagnons ont bien essayé de me faire remarquer que le port dans lequel nous étions arrivés avait tout d’un grand port moderne
, et qu’ils voyaient sur les routes plus de voitures que de chameaux, je m’étais laissé emporter par mon imagination et mes rêves de grandeur et ne voulais rien entendre.après quelques jours d’une attente interminable, un remue ménage inquiétant nous a fait supposer que quelque chose allait se passer, nous étions inquiets je ne vous dis pas! rien ne nous faisait supposer que nous allions enfin retrouver la famille, et la langue que nous entendions nous était parfaitement inconnue , tout à fait étrangère, les gens qui se succédaient autour de notre « cadre « avaient l’air prêts à s’écharper d’une seconde à l’autre
, nous essayions de nous faire tout petits et nous serrions les uns contre les autres, persuadés que notre dernier jour était arrivé, terrifiés par les invectives ,c’est ce qu’il nous semblait en tout cas, de tous ceux qui s’approchaient de nous. Pourtant en deux temps trois mouvements et sans grand mal apparemment, nous nous sommes retrouvés une fois de plus dans un camion, nous nous réjouîmes presque, ce moyen de transport ne nous était pas inconnu vous vous en souvenez et notre inquiétude se portait davantage sur notre destination finale que sur le trajet, rien en effet ne nous faisait croire que « quelque part », nous étions attendus , et notre immigration
ressemblait de plus en plus à un exode , à un saut dans l’inconnu, dans l’incertain . Je m’appliquai de mon mieux à réconforter mes compagnons, j’affichai une confiance que j’étais bien loin de ressentir et affirmais avec force que bien sûr nous étions attendus et que tout devait être prêt pour nous accueillir, mais le trajet était interminable, la nuit était tombée brutalement, et il faisait presque froid. ce qui était le plus étonnant c’est que dans notre camion il n’y avait pas cette fois de déménageurs, il y avait le chauffeur, un homme d’une trentaine d’années me semblait il, son épouse ou c’est du moins ce que nous avons tout de suite pensé puisqu’elle avait dans les bras un nourrisson et c’est tout. A chaque heure suffit sa peine et comme il faut toujours voir le bon côté des choses nous avons décidé de ne pas nous inquiéter jusqu’à l’arrivée et de profiter autant que cela nous serait possible du paysage. Après avoir longé pendant un certain temps la mer nous avons atteint une route assez large
bordée de champs pas trop verts mais qui n’étaient quand même pas complètement desséchés et d’arbres que nous ne reconnaissions pas mais qui n’étaient pas du tout menaçants avec leur tronc plutôt chétif et pas très haut , la route s’était mise à monter comme si nous allions arriver dans une région montagneuse , je tendais l’oreille pour essayer de saisir des bribes de conversation qui auraient pu me fournir un minimum de renseignements sur l’ endroit où nous nous trouvions mais sans succès. le chauffeur et sa compagne étaient muets, sans doute ne voulaient ils pas réveiller le nourrisson.la cachette de la famille souris n’avait pas été découverte j’ai je crois oublié de vous le dire, personne n’ayant eu la curiosité d’ouvrir ma queue, et c’était évidemment fort bien ainsi. Nous avons eu du mal à croire que nous étions entrés dans Jérusalem
, et je dois avouer que nous étions tous un peu déçus par ce que nous voyions! ce que nous imaginions avec toutes les histoires et l’histoire qui y sont rattachés comme au moins aussi grand que Paris nous est apparu comme une suite disparate de villages , certains un peu plus intéressants ou beaux que d’autres mais tous très petits, une suite cahotante de côtes, de rues mal pavées dans lesquels se mêlaient des immeubles d’architecture plus ou moins moderne et des maisons basses un peu plus anciennes mais sans grand caractère. Il nous faudra un peu plus de temps pour en découvrir toutes la munificence, pour nous émerveiller des couleurs qui la parent du jour à la nuit d’ambre et de terre brulée et savoir combien nous étions désormais amoureux de sa pierre, des courbes du ciel qui la coiffent, et de la qualité de l’air qu’on y respire .tellement uniques que nous ne pourrions bientôt plus nous rêver vivant ailleurs, les rêves ont pour destin de toujours nous décevoir quand ils se réalisent mais lorsque c’est la réalité qui est devenue le rêve, alors il n’y a plus eu de limites à l’harmonie dans laquelle nous avons vécu . Mais nous n’en sommes pas encore là il faut m’excuser, je suis vieux et deviens facilement sentimental lorsque je parle de Jérusalem. Le soir de notre arrivée je ne savais bien sûr rien de tout cela et mes premiers sentiments ont été la stupéfaction, la colère et l’incrédulité. rendez vous compte, nous nous sommes arrêtés dans une rue ou ce qui du moins y ressemblait, une rue bordée de maisons à toits rouges toutes semblables, côte à côte, on pourrait presque dire joue contre joue
, avec une grille blanche derrière laquelle j’ai deviné quelques marches et en haut des marches il y avait la famille, je ne vous ferai pas le récit de la joie de nos retrouvailles je craindrais d’être fastidieux, sachez seulement qu’elle dépassait largement toutes nos espérances, hélas ce moment de bonheur fut de courte durée , le chauffeur était nerveux, pressé et il nous a vite fait comprendre que nous devions débarrasser le plancher dans les meilleurs délais enfin quand je dis le plancher vous avez compris qu’il s’agissait du camion , ma femme et mon bébé sont fatigués, hurlait il, il est tard, nous voulons rentrer chez nous, descendez moi tout ça, et vite! Est ce qu’il savait de quoi il parlait? à moi tout seul je pèse une tonne et c’est évident que mes maîtres étaient dans l’impossibilité de faire ce qu’il leur demandait, même avec la meilleure volonté du monde! il s’énervait de plus en plus et le désespoir commençait à nous gagner, le violoncelle la guitare et une ou deux caisses de livres étaient déjà sur le parvis, mais visiblement cela ne suffisait pas pour calmer cet énergumène, le bébé s’était mis à pleurer
, bref une vraie cacophonie, tout ce bruit avait fini par réveiller les voisins les plus proches, et chacun donnait son avis on se serait cru sur une place de marché tant il y avait de monde , il ne manquait plus que les pompiers disait mon amie et locataire la souris , je ne savais pas ce que c’était que des pompiers
mais j’étais tellement abasourdi par toute cette agitation que je ne pensai pas à lui demander de quoi il s’agissait, en un rien de temps, ils s’y sont tous mis et il n’est bientôt plus resté que moi, ces gens parlent beaucoup me dis je mais on ne peut pas le nier, ils sont efficaces et serviables, le chauffeur se calmait peu à peu le bébé s’était rendormi, mais qu’allait on faire de moi? je ne sais plus exactement qui mais c’était à coup sûr quelqu’un d’ingénieux, il faut toujours voir le bon côté des choses, a suggéré que si on mettait des matelas et des couvertures on pourrait peut être en s’y mettant tous me faire glisser sans trop de risques jusqu’à ce que je sois sur le sol, je n’en menais pas large vous vous en doutez mais je n’avais pas mon mot à dire ma petite patronne était devenue blanche, elle tremblait de tous ses membres et était au bord des larmes, j’aurais bien voulu la rassurer mais mon courage était au plus bas et j’ai quand elle s’est sauvée avec sa fille pour ne pas être le témoin de tous les malheurs qui allaient sans aucun doute possible m’arriver j’étais plutôt content. La frayeur, la terreur serait plus juste qui m’avaient gagné à mon tour et n’avait rien d’héroïque me faisaient honte. En un rien de temps les uns sont revenus avec tous les vieux matelas dénichés dans leurs caves, les autres avec des couvertures, j’ai essayé de me faire aussi léger que possible, j’ai serré de toutes mes forces le couvercle sur mon clavier j’ai fait tout ce que je pouvais pour empêcher mes marteaux de sortir de leur gaine et a commencé ce que j’ai pris pour ma descente aux enfers. Tout d’un coup presque sans douleur si ce n’est sans peur je me suis trouvé par terre, la harpe verticale et sans pouvoir faire usage de mes jambes mais entier et en sécurité. Je n’avais pas encore eu le temps de me remettre de toutes ces émotions que le camion était parti, et je ne dirais pas que je regrettais ce chauffeur désagréable, ni sa famille. il y a eu encore une heure de discussions,( on ose me traiter de bavard mais j’avais là des concurrents sérieux), et il a été décidé que c’était bien sûr impossible de me faire entrer dans la maison sans l’aide de professionnels, je devrais passer la nuit dehors c’était inévitable et au point où j’en étais cela me paraissait un moindre mal. mes maîtres m’ont expliqué que je n’aurais pas à craindre de rester seul parce qu’ils allaient se relayer auprès de moi, ils m’ont enveloppé dans des couvertures bien chaudes pour me protéger, les nuits sont froides à Jérusalem, et les matins couvrent souvent d’une rosée tenace tout ce qui est resté dehors, pour ne disparaître qu’après avoir laissé la place au soleil. Il est bien sûr le très bienvenu mais pour un piano à queue de ma qualité il peut se révéler très dangereux, et les couvertures n’auraient rien de superflu pour en atténuer les effets.au petit matin, notre aimable voisin se révéla tout aussi serviable et sa connaissance des us et coutumes du pays indispensable pour résoudre les difficultés auxquelles nous devions encore nous heurter. Il a emmené mon maître dans sa voiture et ils sont allés chercher des déménageurs
, des vrais. Hélas trois fois hélas! Le sort s’acharnait décidément contre moi il s’est avéré impossible de me faire entrer et surtout monter l’escalier qui menait à la place prévue pour moi, les déménageurs étaient tout à fait inutiles, il n’y avait qu’une solution : pratiquer une ouverture dans le toit de la maison, et aller chercher une grue
qui m’a une fois de plus transporté dans les airs. ouvrir le toit , me déposer sur mes pieds, refermer le toit, tout a été fait dans le temps qu’il avait fallu à ma petite patronne pour aller à l’épicerie du coin ( une excuse pour ne pas voir mes tribulations) et à moi pour revenir de ma surprise, et convenir avec mes compagnons que rien dans ce pays ne ressemblait à ce qu’on pouvait voir ailleurs et qu’on y était décidément capable du pire comme du meilleur. Le bon côté des choses, il faut toujours voir le bon côté des choses, mes maîtres avaient eu une fois de plus l’occasion de me montrer combien ils m’étaient attachés et qu’ils ne reculaient devant rien pour m’assurer confort et bonheur. Je suis couvert d’années, ils ne sont plus tout jeunes, mais notre amour est intact
et j’espère finir mes jours sans plus d’aventures , dans le pays et la maison qui sont devenus miens, totalement, en les servant, et après eux leurs enfants et leurs petits enfants, de toute la beauté de mes sons. J’ai oublié de vous dire que la famille souris, tout de suite adoptée par mes maîtres et installée dans une confortable maison de verre, y a coulé de longues années heureuses et tranquilles mais c’est son histoire et si l’un de ses membres veut vous la faire connaître il vous la racontera lui même.
pour eliah si brillante dans la lumiere du jour
pour liora l’intense toute habitee d’elle meme
pour caline qui rit , qui chante mais pas toujours
ont l’air de dire ses soeurs autorites supremes
tu enfiles les perles de l’amour infini
pour un temps des surprises qui jamais ne finit
tu prepares des repas qui ont gout de tendresse
tu inventes des robes chinoises ou de princesses
elles vont venir tes belles tes espoirs ta richesse
princesses ou chinoises elles partent en voyage
debarquent avec toi au pays des images
elles y ont tous les droits ,c’est la maison du reve
elles vont pouvoir creer , imaginer, sans treve
ouvrir toutes les portes decouvrir tous les mondes
tu leur donnes les clefs pour entrer dans la ronde
et danser sur un pont qui n’est pas d’avignon
c’est le pont on peut rire ou c’est le pont mignon
c’est le pont des merveilles le pont des arts peut etre
c’est le pont des grands meres et on peut tout y mettre
demain il fera froid elles ne seront pas la
mais aujourd’hui c’est fete, tristesse on n’entre pas
c’est le jour des folies et du tout est permis
c’est mercredi, cheries, c’est le jour de mamie
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